Réunion de concertation avec les promoteurs de compagnies de transport routier interurbain de personnes portant sur la recrudescence des accidents de la circulation routière

Discours

Monsieur le Ministre Délégué auprès du Ministre des Transports,
Monsieur le Secrétaire général,
Monsieur l’Inspecteur général,
Madame et Monsieur les Conseillers Techniques,
Messieurs les Directeurs,
Mesdames et Messieurs les Promoteurs des Compagnies de transport routier interurbain de personnes,
Distingues invités, Mesdames, Messieurs,

Je vous adresse à toutes et à tous, mes remerciements pour avoir répondu si promptement à mon invitation.
Mais avant de commencer mon propos, je vous prie de bien vouloir vous lever pour observer une minute de silence, en mémoire à nos compatriotes décédés, suite au grave accident de la circulation routière survenu dans la nuit du 26 au 27 décembre 2020 sur l’axe Bafoussam-Yaoundé, impliquant la compagnie de transport routier interurbain de personnes « AVENIR VOYAGES Sarl », et pour lequel, le PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, SON EXCELLENCE PAUL BIYA, a adressé ses condoléances aux familles des victimes, ses vœux de prompt rétablissement aux blessées et son réconfort aux rescapés.
Je vous remercie, veuillez-vous assoir.
Mesdames et Messieurs les Promoteurs des Compagnies de transport routier interurbain de personnes,
Je me souviens que nous étions réunis ici le 4 novembre 2019 pour une concertation portant sur le respect des consignes de sécurité et des règles de circulation routière.
Cette concertation faisait suite au tragique accident de la circulation routière survenu dans la nuit du 18 au 19 septembre 2019, sur la route nationale n°3, dans la localité de NGWEI II qui avait causé 09 morts et 16 blessés, et impliquait la compagnie de transport routier interurbain de personnes « GARANTI EXPRESS».
Au cours de cette réunion, nous avions passé en revue les hécatombes dont votre secteur d’activité était responsable, question de vous faire prendre conscience de la gravité de la situation.
Le bilan faisait état, à titre de rappel, de 117 morts au mois d’août 2017, de 21, de 04 et de 32 morts respectivement aux mois de janvier, de mars et de juillet 2018, de 04, de 21, de 07 et de 10 morts respectivement aux mois d’avril, de juin, de juillet et d’août 2019.
Conscient du fait que deux-tiers (2/3) de ces accidents étaient imputables à l’excès de vitesse, nous avions convoqué plusieurs réunions pour vous sensibiliser sur la pratique de l’excès de vitesse, l’opérationnalisation des radars fixes sur la route nationale no3, la fin de la phase expérimentale desdits radars et le passif en matière d’excès de vitesse de chacune de vos compagnies assorti des amendes qui auraient pu vous être infligées.
Nous vous avions par la suite invité à entrer en possession de vos différents rapports d’excès de vitesse, pour la période répressive, contre décharges. Et nous vous avions donné un délai de 07 jours au maximum pour vérifier si vos différents bus n’avaient pas été flashés par les radars de la Gendarmerie nationale les même jours, aux mêmes heures et aux mêmes endroits, afin que si tel soit le cas, vous vous acquittiez des amendes y afférentes auprès du trésor public.
Ces mesures ont permis une baisse momentanée du nombre de cas d’excès de vitesse, qui malheureusement a aussitôt rebondit traversant la barre des 28 000 cas suite au relâchement observé.
Face à cette situation, nous vous avions demandé de nous faire parvenir la liste des conducteurs de bus désormais pris en excès de vitesse assortie des photocopies de leurs permis de conduire, pour la prise de sanctions administratives.
Seules quelques compagnies ont cru devoir agir conformément aux instructions données. Chose qui a participé à rendre sans cesse croissant le nombre de cas d’excès de vitesse au Cameroun.
Par ailleurs, nous avions porté à votre connaissance les conclusions des rapports d’enquêtes des accidents sus évoqués, qui ont tous mis en évidence les cas de violations graves des consignes de sécurité et des règles de la circulation routière, dont vous êtes tenus d’observer et de faire observer sur nos axes routiers.
J’entends ici : des cas de surcharges, de transport clandestin, de conduite sans permis, de défaut de visite technique automobile, de fatigue au volant dus au non-respect des heures de repos et temps de conduite, d’absence de visite médicale de chauffeur, de mauvais dépassement et de chevauchement de la ligne continue.
Aussi, pour susciter un éveil de conscience en vous, nous n’avions pas manqué de faire allusion au constat qui avait été fait relatif à l’organisation des campagnes de dépistage des problèmes de vues des chauffeurs exerçant dans vos différentes compagnies de transports, où il était apparu que sur 5117 chauffeurs dépistés, 5010 présentaient des déficiences majeures de la vue incompatibles avec la conduite automobile.
Dans le même sillage, nous vous avions présenté un exposé sur l’impact de l’état de santé des conducteurs dans la survenance des accidents de la circulation routière. A ce sujet, nous avions insisté sur le repos des chauffeurs sachant, d’après les études scientifiques, qu’un conducteur qui dort 5heures/Jour est un conducteur en état d’ébriété. Et, un conducteur qui dort 4heures/Jour a 10 fois plus de risque de faire un accident que les autres.
En guise de résolution, nous nous sommes engagés au sortir de la réunion à observer les directives suivantes :
 mettre en place un planning de rotation des chauffeurs pour permettre leur repos systématique après un temps de conduite raisonnable ;
 aménager les espaces salubres et paisibles pour le repos des chauffeurs ;
 affilier tous vos personnels à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale ;
 procéder au recyclage systématique de tous les chauffeurs ;
 procéder au passage systématique des véhicules au contrôle technique périodique ;
 soumettre le personnel navigant aux tests médicaux périodiques : acuité visuelle et auditive, et sur les réflexes ;
 prescrire le respect scrupuleux des règles de circulation routière aux chauffeurs à travers une clause contractuelle en bonne et due forme ;
 procéder à l’enregistrement des passagers uniquement dans les terminaux des compagnies de transport et sur présentation d’une pièce d’identification valide ;
 procéder au contrôle systématique de tous les voyageurs ainsi que de leurs bagages avant l’embarquement.
Mais, les rapports d’audits effectués par mes services compétents relatifs aux descentes inopinées dans les terminaux de vos différentes compagnies de transport et dont le plus récent effectué par l’Inspection générale à l’issue de sa mission tenue du 5 au 8 janvier 2020 dans les terminaux de la compagnie « AVENIR Voyages Sarl », indiquent qu’aucune de ces directives n’a été appliquée à la lettre.
Mesdames et Messieurs,
Il est ressorti de ces rapports, des manquements et insuffisances, ci-après :
 une mauvaise qualité managériale généralisée des compagnies, ponctuée par une organisation et une gestion sommaire et archaïque ;
 l’emploi des chauffeurs sans contrat, ni affiliation à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale, et avec une faible rémunération ;
 la mise en place d’un système de paiement au pourcentage entrainant des prolongements du temps de conduite des chauffeurs et donnant lieu à toute forme de pratique ;
 l’absence de soumission du personnel navigant aux tests médicaux périodiques : acuité visuelle et auditive, et sur les réflexes ;
 l’absence d’organisation des séances de recyclage des chauffeurs ;
 la surcharge via l’augmentation du nombre de sièges dans les véhicules par les chauffeurs sur la base des accords préalablement définis avec les responsables de la compagnie ;
 le non-respect du Code de la route traduit à travers l’excès de vitesse et la négligence de la signalisation routière ;
 l’inexistence ou la banalisation du port de la ceinture de sécurité ;
 l’inexistence des boites à pharmacie ou la carence des produits y afférents ;
 la tenue des bordereaux d’enregistrement sans références liées aux enfants en bas âge ;
 l’aménagement circonstancié, ou en cas de contrôle en vue, des espaces de repos des chauffeurs, parfois hors des terminaux de voyages ;
 la quête de rentabilité absolue traduite par les pratiques en tout genre visant à économiser du carburant, notamment l’arrêt intempestif des moteurs lors des descentes en pentes ;
 l’absence du dispositif de lutte contre la pandémie à COVID 19 ;
 le refus systématique de certains responsables de compagnies de procéder à la modernisation de leurs terminaux de transports.
Ces différents manquements et insuffisances qui sont responsables de la recrudescence des accidents de la circulation routière, sont en total contradiction avec les aspirations du Chef de l’Etat, Son Excellence PAUL BIYA, qui dans son adresse à la Nation le 31 décembre 2003 affirmait, je cite : « les accidents de la circulation doivent cesser. Le véhicule doit demeurer un instrument de la liberté et non un instrument de mort »,
Rendu en 2021, lesdites aspirations peinent à trouver un brin de réalisme du fait de ces manquements et insuffisances. Ce qui m’amène à vous informer qu’au cours de la présente réunion, des engagements seront pris concernant les nouvelles directives suivantes :
 l’amélioration des conditions de travail des chauffeurs notamment :
– leurs rémunérations tenant compte des dispositions de la convention collective en matière de salaire minimum des chauffeurs ;
– leurs affiliations à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale,
– leurs suivis médicaux à travers les tests périodiques sur l’acuité visuelle et auditive, et sur les réflexes ;
– leurs recyclages dans les centres de formation à la conduite automobile ;
– l’aménagement des espaces dignes dédiés à leurs repos et le respect de leurs temps de repos ;
– la mise en place de leurs plannings de rotation ;
– la révision du ratio du nombre de chauffeurs par bus (par exemple : 3 chauffeurs par bus).
 se rassurer que tous les sièges de vos véhicules de transport sont dotés des ceinture de sécurité en bon état de fonctionnement, et veiller à leur utilisation par toutes les personnes à bord ;
 la mise en place d’un système automatique de limitation des vitesses à 90 km/h dans les véhicules de transport ;
 l’intégration des références liées aux enfants en bas âge et non détenteurs des tickets de voyages dans les bordereaux d’enregistrement ;
 la mise à disposition des boites à pharmacie bien fournies dans les bus de transport ;
 la réalisation effective des contrôles techniques périodiques des parcs automobiles des différentes compagnies et la révision des véhicules en mauvais état ;
 la lutte contre la conduite en état d’ivresse ou sous l’effet de la consommation des substances psychoactives ;
 la prescription du respect scrupuleux des règles de circulation routière aux chauffeurs à travers une clause contractuelle en bonne et due forme.
Selon les statistiques à ma disposition, deux-tiers (2/3) des accidents de la circulation routière se produisent entre 02 et 03 heures du matin, toute chose qui remet à l’ordre du jour la problématique du voyage de nuit.
Il convient de préciser que les voyages de nuit avaient été interdits au regard de nombreuses pertes en vies humaines et matériels qu’ils causaient.
Toutefois, vu l’engagement que vous avez pris visant à mieux organiser les voyages de nuit, le Gouvernement était revenu sur sa décision.
Mais aujourd’hui, nous constatons avec amertume la recrudescence des accidents dus aux voyages de nuit. Toute situation qui reste à déplorer et qui nous amène à se pencher sur la question de l’interdiction des voyages de nuit ou la proposition d’un meilleur encadrement de cette activité qui nous épargnera les hécatombes sur nos axes routiers.
Sur ce, j’ouvre la phase des échanges.
Je vous remercie. /-

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